Atelier d'espace urbain

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URBAN TOPICS • B1 • 01

Le cours Urban Topics est assuré en B1 par Raymond Balau pour la partie théorique et par Cédric Noël pour la partie in situ. Les exposés au Super7 ayant été interrompus par le confinement dû à l’épidémie de Covid-19, la partie théorique se poursuit sous forme de notes de cours postées sur www.espaceurbain.be

Projet DIMAXION MAP OF THE WORLD de Richard Buckminster Fuller... dans les rues de Bruxelles. Photo RB.

 

Note liminaire

 

 

Le 3 février 2020 était présenté le PPT « Anatopix • Moment cartographique », base du cours, des approches cartographiques aux exemples de travaux d’artistes utilisant les ressources des champs cartographiques.

 

Structure des 42 planches :

-Christian Jacob, L’Empire des cartes ; Jean-François Coulais, Images virtuelles et horizons du regard ; Catalogue Centre Pompidou : Cartes et figures de la terre.

-Cartes anciennes de Claude Ptolémée à Gérard Mercator

-Les systèmes de projection (conique, cylindrique, … myriahédrique, …

-Systèmes d’informations géographiques

-Dymaxion (Buckminster Fuller)

-Les cartes déformées

-Le coloriage des cartes

-La carte de La chasse au Snark

-Chombard de Lauwe et les Situs

-La NASA et le foot

-Cartes géologiques

-Lignes d’erre (Fernand Deligny)

-Mind mapping

-Cartographie des réseaux

-Artistes : Max Ernst, Jasper Johns (Dimaxion), Robert Smithson, Stanley Brouwn, Mark Lombardi, Wim Delvoye, Marcel Broodthaers, Christoph Fink

 

Ce PPT a été communiqué aux étudiant.e.s pour en intégrer les contenus.

 

 

Exercice : documenter deux œuvres ancrées dans les ressources des champs cartographiques.

 

 

Un autre exposé a porté sur un repérage du site Laeken – Tour & Taxis, en vue de la journée in situ avec Raymond Balau le 5 février 2020, elle-même préparatoire aux investigations de terrain avec Cédric Noël pour la réalisation d’une carte tridimensionnelle prévue à l’atelier pour les Journées Portes Ouvertes, travail interrompu par la mise en place du confinement lié à l’épidémie de Covid-19.

 

 

 

Introduction

 

Le lexique de l’urbain est particulièrement riche, mais il arrive souvent qu’on parle de la ville de manière générique, sans préciser, ce qui est très vague, et ce vague nuit souvent à la présentation des travaux ainsi qu’aux contacts divers et variés indispensables aux projets développés à l’atelier. Se souvenir de cette phrase d’Albert Camus : « Mal nommer les choses c’est ajouter au malheur du monde. »

 

Un ouvrage intéressant se trouve à la Bibliothèque de La Cambre : L’aventure des mots de la ville (dir. Christian Topalov, Laurent Coudroy de Lille, Jean-Charles Depaule, Brigitte Marin, et 160 auteurs, Robert Laffont, 2010, Collection : bouquins, 1490 pages), qui « étudient les mots à l'aide desquels on parle aujourd'hui des villes dans sept langues européennes - l'allemand, l'anglais, l'espagnol, le français, l'italien, le portugais et le russe - et en arabe, langue d'un monde dont les interactions avec l'Europe ont toujours été intenses. Des variantes américaines de ces lexiques sont aussi abordées. [Sont ainsi racontées] dans ce livre les aventures des mots cité et città, plana et square, prospect et boulevard, funduq et jardim, banlieue et suburb... Ils voyagent dans le temps en changeant de sens sans changer d'aspect, et ces changements font partie de l'histoire sociale des villes, qu'ils permettent d'observer de façon originale. Ils voyagent aussi dans l'espace, parfois d'une langue à l'autre, ils font des allers et des retours. »

 

Cliquer l'image latérale n°01 (Mississipi).

 

Avant d’en venir à une sélection de mots ou expressions opérée dans l’immensité du lexique de l’urbain, peut-être s’attarder sur certains des premiers termes avancés, en prenant appui sur les dictionnaires en ligne CNRTL/TLFI : liminaire / espace / urbain / topic ou topique. Le cheminement qui suit en est un parmi d’autres. A propos, chaque terme souligné fera l’objet ici ou là de considérations curieuses et non univoques, et plus souvent ici et là, pour le plaisir de dépasser postulats ou conjectures, en activant l’hypertexte.

 

Liminaire • C’est déjà un terme, un adjectif, à connotation spatiale. L’étymologie renvoie à la notion de seuil : liminaris en latin signifie relatif au seuil. L’Empire romain avait des limes, c’est-à-dire des systèmes de fortifications établis aux frontières de l’empire, comme le Mur d’Adrien, ou de barrières naturelles, comme un fleuve ou une chaîne de montagnes. Mais le terme peut aussi désigner les voies menant aux territoires nouvellement conquis. Dans tous les cas, il s’agit des confins, terme sur lequel il faudra s’attarder, mais aussi des limites (toujours le latin limes, -itis) ou démarcations entre terrains ou territoires contigus. Par extension, ce qui est liminaire se trouve au début d’un ouvrage ou d’un discours, concerne ou forme le commencement, le prélude, ou correspond au seuil exigé pour une excitation sensorielle. Ce qui est préliminaire vient donc avant (penser à subliminaire, supraliminaire, …).

 

Espace • Il faut d’abord distinguer un espace d’une espace. Celle-ci est un terme de typographie, petite lame de métal qui sépare les mots dans l’imprimerie au plomb. Un espace, ça peut revêtir différents sens, parmi lesquels on distingue : tantôt un milieu idéal indéfini, tantôt une distance déterminée ou une surface. À partir de là, les acceptions sont nombreuses, certaines allant de soi, d’autres moins.

Il y a différentes Espèces d’espaces (1974), titre d’un ouvrage fondamental de Georges Perec. En quatrième de couv, il est rappelé qu’une petite planète identifiée par le n°2817 (1982 UJ) porte depuis 1984 le nom de Georges Perec : (2817) Perec est donc un astéroïde de la ceinture principale des astéroïdes, une région du système solaire quelque part entre les orbites de Mars et de Jupiter. Cette ceinture d’astéroïdes comprend sans doutes des millions de petits corps célestes, dont les tailles varient du grain de poussière aux planétoïdes. L’astrophysicien Hubert Reeves intitulait un ouvrage qui a fait date : Poussières d’étoiles (1985). En deuxième de couv d’Espèces d’espaces, Georges Perec livre un condensé de son propos ici repris in extenso : « L’espace de notre vie n’est ni continu, ni infini, ni homogène, ni isotrope. Mais sait-on précisément où il se brise, où il se courbe, où il se déconnecte et où il se rassemble ? On sent confusément des fissures, des hiatus, des points de friction, on a parfois la vague impression que ça se coince quelque part, ou que ça éclate, ou que ça cogne. Nous cherchons rarement à en savoir davantage et le plus souvent nous passons d’un endroit à l’autre, d’un espace à l’autre sans songer à mesurer, à prendre en charge, à prendre en compte ces laps d’espace. Le problème n’est pas d’inventer l’espace, encore moins de le réinventer (trop de gens bien intentionnés sont là aujourd’hui pour penser notre environnement…), mais de l’interroger, ou, plus simplement encore, de le lire ; car ce que nous appelons quotidienneté n’est pas évidence, mais opacité : une forme de cécité, une manière d’anesthésie. C’est à partir de ces constatations élémentaires que s’est développé ce livre, journal d’un usager de l’espace. » Cette notion de « laps d’espace » est une notion étrange et fertile pour l’imaginaire, dans la mesure où on parle parfois d’espace pour désigner un laps de temps, littéralement un espace de temps. C’est du latin, encore, car spatium désigne autant une arène qu’une durée. Il est d’ailleurs amusant de relever que laps vient de lapsus, de lapsus temporis… Georges Perec a remarqué la disponibilité du mot « laps » pour la lecture de l’espace. Espèces d’espaces donne à lire une lecture d’une pluralité d’espaces. Bien entendu, il y a autant de lectures que de lecteurs-trices, les correspondances s’établissant par conséquent de pluralités à pluralités. Ce qui n’empêche pas d’emprunter des raccourcis, voire de pratiquer des télescopages, tout en suivant une construction simple en apparence. Ici, le parti est d’atteindre progressivement ce qui est en jeu en quatrième de couv en partant de l’objet le plus irréductible du livre, à savoir le livre même, et sa composante générique, la page. Plus exactement, l’espace de la page. Donc page 17, il est question de la page 17, où s’ouvre d’emblée une échappée sur une autre page, par le biais d’une citation, celle où Henri Michaux écrivait : « J’écris pour me parcourir. », dans un texte du recueil de Passages (1963) intitulé Observations. Le paragraphe complet : « J’écris pour me parcourir. Peindre, composer, écrire : me parcourir. Là est l’aventure d’être en vie. En somme, depuis plus de dix ans, je fais surtout de l’occupation progressive 1. » Cet appel de note en bas de page conduit à : « Mais tout n’est pas avantage pour le chercheur. Plus il trouve, moins il a de temps pour connaître sa nouvelle ignorance. » Et Perec s’amuse : « J’écris : j’écris… J’écris : ’’j’écris’’… J’écris que j’écris… etc. » C’est à la page 19 qu’il est question d’une note en bas de page 1 qui précise : « 1. J’aime beaucoup les renvois en bas de page, même si je n’ai rien de particulier à y préciser. » Et ainsi de suite, il montre comment dans l’exploration des lectures du livre — ceci en est une — il est question de sa lecture des espaces, qui a l’immense avantage de n’être ni restrictive ni unilatérale. Parce que Georges Perec est un artiste. Au passage, il évoque que dans l’espace de la page, il peut être question de descriptions de l’espace par exemple géographique, page 21, au fil d’une liste où l’on trouve : désert, oued, source, canal, estuaire, îles, archipel, etc. dans une énumération empreinte du plaisir de choses appréhendées par des mots, on y reviendra. Après la page, le lit, avec un joli dérapage citationnel : « Longtemps je me suis couché par écrit. Parcel Mroust. » et des banalités comme : « On passe plus du tiers de sa vie au lit. » Puis du lit à la chambre. Digression : en période de confinement, on évoque parfois un vieux classique, le Voyage autour de ma chambre de Xavier de Maistre (1794), mais sans aller si loin, enfin si loin dans le temps, on peut relire dans La poétique de l’espace de Gaston Bachelard (1957) sa proposition d’une « topo-analyse », une approche auxiliaire à la psychanalyse, pour éclairer la notion d’image poétique au moyen d’une phénoménologie de l’imagination. « L’espace saisi par l’imagination ne peut rester l’espace indifférent livré à la mesure et à la réflexion du géomètre. Il est vécu (…) avec toutes les partialités de l’imagination. » (p. 17) Ce texte introduit celui d’un livre consacré aux « rêveries d’habiter », où il n’y a pas de chapitre consacré à la chambre, mais plutôt au voyage phénoménologique de la cave au grenier. Perec passe ensuite de la chambre à l’appartement, pour en venir à l’immeuble — on pense à La Vie mode d’emploi (1978) —, à la rue, au quartier, à la ville puis à la campagne, au pays, à l’Europe et au monde, avant… l’espace, par décollage, avec un bon petit bloc d’Italo Calvino d’entrée de jeu, enfin pris dans Cosmicomics (1965), avec ce personnage central, Qfwfq, et des voyages dans l’en-deçà. Il est ensuite question de lignes droites, de mesures, aussi de jouer avec l’espace et de partir à sa conquête vers l’inhabitable, donc la quatrième de couv, via la table des matières et rien sur la troisième de couv. À lire et à relires, d’un trait ou dans le désordre de petits moments, pourvu qu’on perçoive sous le découpage du texte l’interspatialité qui en œuvre les significations, c’est-à-dire ce que produisent les interactions entre les espaces évoqués, dans l’incidence du processus plus ou moins décousu de la lecture, à moins qu’il s’agisse d’hyperspatialité, comme on le subodore en examinant les complexités de l’espace urbain qui n’est jamais un simple dehors ni un exclusivement public. D’ailleurs, il y a espace et espace, et même contre-espace, pour prendre une notion du côté des hétérotopies de Michel Foucault, « emplacement sans lieu » où s’expérimentent d’autres manières de faire société, on pense aux « zones autonomes temporaires » comme les ZAD pour les plus visibles.

 

« Espace », « territoire » et « lieu » 

 

ESPACE (petit rappel : qu’est-ce qu’une espace ?)

• PHILO : Milieu idéal indéfini, dans lequel se situe l'ensemble de nos perceptions et qui contient tous les objets existants ou concevables (concept philosophique dont l'origine et le contenu varient suivant les doctrines et les auteurs).

• Distance déterminée; surface. Perec parle de laps d’espace.

• [L'espace considéré dans ses trois dimensions] Volume déterminé.

1. L'atmosphère, l'air environnant.

2. Le ciel.

3. Univers extérieur à l'atmosphère terrestre.

 

TERRITOIRE

I. Partie de la surface terrestre.

A. Étendue de terre, plus ou moins nettement délimitée, qui présente généralement une certaine unité, un caractère particulier.

B. [En rapport avec une collectivité hum.]

1. Étendue de la surface terrestre où est établie une collectivité humaine.

2. Espace borné par des frontières, soumis à une autorité politique qui lui est propre, considéré en droit comme un élément constitutif de l'État et comme limite de compétence des gouvernants.

C. ÉTHOLOGIE. Espace d'étendue variable dont un animal, un couple, un groupe interdit l'accès à ses congénères et parfois à d'autres espèces, pendant une période plus ou moins longue selon les activités qui y sont déployées.

II. ANAT., PHYSIOL.

A. Région du corps, d'un organe ayant une certaine individualité; en partic., partie anatomique en liaison avec un vaisseau ou un nerf défini.

B. Territoire de régénération. Région cutanée capable de régénération.

C. Territoire (présomptif ou organoformateur). Zone de l'œuf fécondé dont les éléments cellulaires correspondent aux futurs organes ou système d'organe.

 

LIEU

I. Au sing. ou au plur. Portion déterminée de l'espace.

A. [En constr. libre]

1. [L'espace est déterminé par sa situation dans un ensemble, par la chose qui s'y trouve ou l'événement qui s'y produit]

2. [L'espace est qualifié par un adj. qui le caractérise dans ses dimensions, son aspect, sa qualité]

[L'espace est une région géogr.]

B. [Formant des syntagmes nom. plus ou moins figés]

1. [Avec un adj. qualificatif antéposé ou postposé ayant souvent une valeur déterminative]

2. [Avec un subst. compl. déterminatif]

a) Siège de la réalisation de quelque chose.

b) Lieu destiné spécifiquement à quelque chose.

C. [Formant des loc.]

1. Loc. verb.

a) Avoir lieu. Se produire à un endroit ou à un moment donné.

b) Donner lieu à

c) Tenir lieu de

I. Au plur.

A. Vieilli et littér. [Le plur. exprime la singularité]

1. Endroit où l'on se trouve.

2. Usuel et dans le vocab. jur.

a) Endroit où s'est déroulé un événement.

b) Maison, immeuble.

B. Lieux communs

1. RHÉT. Lieux (communs), lieux (oratoires). Sources où un orateur peut puiser des pensées et des preuves sur tous les sujets.

• Idée générale que l'on utilise pour étayer un sujet, une démonstration.

Péj. Idée couramment reçue.

2. THÉOL. Lieux (communs), lieux (théologiques). Sources de la science théologique hiérarchiquement ordonnées et critiquées, où le théologien va prendre ses principes pour élaborer son argumentation et sa construction

 

Puis il y a le réel et l’imaginaire. Jacques Lacan : « le réel, c’est quand on se cogne », mais l’espace imaginaire …

 

Il existe une notion intéressante, celle du « génie du lieu » (ou « esprit du lieu »), en latin « genius loci ».

 

Un livre de Michel Butor s’intitule « Le Génie du lieu », où il est précisé : « Par Génie du lieu, il faut entendre le singulier pouvoir qu’exerce une ville ou un site sur l’esprit de ses habitants ou de ses visiteurs. » Il y parle de villes comme Cordoue, Istanbul, Mantoue, Ferrare, ou encore de l’Egypte.

 

Un classique plus théorique de Christian Norberg-Schulz s’intitule « Genius Loci • Paysage – Ambiance – Architecture ».

 

Dans un chapitre intitulé « LIEU ? », avant d’aborder une série d’exemples, il aborde les notions suivantes :

 

• Le phénomène du lieu

• La structure du lieu

• L’esprit du lieu

 

Il distingue ensuite les lieux naturels et les lieux artificiels.

 

Attardons-nous au premier point. Les autres viendront plus tard (B2), pour aborder par bifurcation une autre notion, abstraite et concrète, celle de terrain (qui n’est pas le territoire), plus anthropologique.

 

• Le phénomène du lieu

 

L’existence quotidienne est faite de « phénomènes » concrets (personnes, animaux, arbres, …, le soleil, les nuages, les saisons, …), mais également de « phénomènes » intangibles (émotions), qui se rapportent davantage au contenu de notre existence.

 

L’existence est aussi peuplée d’abstractions ou de fonctions ± instrumentales : atomes, molécules, ou les nombres, les dates, …

 

Les choses concrètes qui constituent le monde phénoménologique sont reliées entre elles de façon complexe et parfois contradictoire ou enchevêtrée (des phénomènes qui en comprennent d’autres). Une forêt est faite d’arbres, une ville de maisons. Le « paysage » est un phénomène complexe de ce genre et certains phénomènes constituent un « milieu » où d’autres phénomènes trouvent leur place. Un terme concret pour désigner le milieu est le lieu. On dit que les actes et les événements ont lieu. Il est en fait impossible d’imaginer un événement sans le référer au lieu. Le lieu fait entièrement partie de l’existence.

 

Alors, qu’entend-t-on par lieu ?

 

C’est plus qu’une abstraite localisation ; le lieu signifie quelque chose de plus que la localisation. Les choses concrètes et leur substance matérielle (forme, couleur, texture, …) ont ce qu’on pourrait appeler « un caractère d’ambiance » qui est l’essence du lieu. Le lieu se définirait donc par son caractère et par son atmosphère. Le lieu est un phénomène qui ne peut se réduire à aucune de ses caractéristiques, comme les relations spatiales ou sa nature concrète.

 

D’un autre côté, le quotidien montre que des actions différentes ont besoin de milieux différents. La ville et les habitations, les lieux de travail et autres constituent une multiplicité de lieux particuliers. Les approches fonctionnelles oublient souvent de considérer le lieu comme un très concret « ici », avec son identité particulière. Ici n’est pas là.

 

La phénoménologie invite à considérer les choses, par opposition aux abstractions (le logement, les transports en commun, …). Il y a une phénoménologie du milieu quotidien qui ne se comprend pas uniquement par des informations, mais aussi par une dimension poétique grâce à des images, à des métaphores, à des allusions, des comparaisons, etc. Il y faut l’expérience du lieu. Il faut pouvoir localiser les sensations, éprouver le caractère des choses en présences, ce à quoi elles font penser, comment elles s’articulent avec ce qui est ailleurs (intérieur-extérieur), et donc la petite phrase de Jean Tardieu … Bien entendu, on n’arrive par là comme un pur capteur, mais avec sa sensibilité, son histoire, ses souvenirs, ses questions, son savoir et ses interrogations, ses préférences et son imagination. Tout lieu est quelque part à la surface de la terre, produit par des phénomènes et par une histoire, toujours en devenir (on peut s’interroger sur ce qu’il en adviendra). Attention, le lieu n’est pas fait que de ce qui est visible. Il peut s’y être passé des choses, ou il en arrivera, qui le marquent, le déterminent, le différencient, etc. Il a des qualités, des résonances, etc. Il est sans doute différent de jour et de nuit, la semaine ou le week-end, selon les saisons, en fonction d’activités, d’événements, d’aléas, divers et variés, selon qu’il est habité ou non ou plus. Il est environné d’autres lieux, il offre des vues, il fait écran, il est quelque part. Le lieu peut se révéler par l’attention qu’on lui porte, par ce qu’on remarque, mais aussi par ce qu’on y projette, par ce qu’il évoque, par ce qu’il n’est pas. A l’extérieur on peut être à l’intérieur de (dans le jardin, à l’intérieur de l’îlot), à l’intérieur, on peut être à l’extérieur de (à l’extérieur du Super7), etc. Le lieu est souvent bâti, du moins aménagé. Il a été implanté, parfois modifié, il a lui-même modifié l’endroit, et est peut-être déterminé par lui.

 

Il existe des sous-espaces, des contre-espaces …

 

Le contre-espace fait appel à la notion d’hétérotopie chère à Michel Foucault. C’est l’idée qu’il existe des espaces réels, pas précisément cartographiés, « emplacements sans lieu », en contre-marche des lieux, ce qui fait lien entre deux lieux. Ce sont des espaces qui poussent du milieu. Ce ne sont pas pour autant des espaces neutres, mais des espaces libérés puisqu’ils ne se définissent pas par ce qui les borne, mais par leurs capacités à développer en leur sein un processus autonome et autogéré. C’est en cela qu’ils deviennent des lieux d’élaboration d’une autre manière de faire société.

Les époques diffèrent et les mouvements se prévalant aujourd’hui d’une alternative ne ressemblent pas à la contre-culture des années 60/70. Mais finalement, la nature contemporaine de ces zones autonomes temporaires remplit la même fonction de contre-espace. Le meilleur exemple actuel est les ZAD comme celle de Notre-Dame-des-Landes contre l’aéroport de Nantes. Ce n’est pas simplement une opposition à un projet, c’est une autre façon d’habiter l’espace.

Les contre-espaces ne sont pas tous aussi visibles. Ils peuvent se former à partir de micro-mouvements chaque fois qu’entre en conflit une légitimité institutionnelle avec une légitimité processuelle et d’une manière générale, là où le manque d’interfaces grippe les rouages démocratiques. Les contre-espaces renvoient donc directement à l’exploration de nouvelles formes de gouvernance qui manquent cruellement aujourd’hui dans la manière de concevoir le développement des territoires et la prise en compte des acteurs populaires, c’est-à-dire ceux dont le rôle n’est pas légitimé par une forme instituée de mandat ou de mission. Nous voyons alors que le « tiers » définit aussi ce que l’on appelait en 1789 le Tiers-Etat, c’est-à-dire la partie de la population oubliée ou invisible qui n’entre pas dans le champ de la reconnaissance du politique, autrement que de manière populiste. Les modes insurrectionnels ou émeutiers sont une manière de faire sauter cette chape de plomb que vivent les banlieues de manière récurrente depuis une trentaine d’années.

 

TERRAIN

 

Qu'entend-t-on par « terrain » dans le sens d'aller sur le terrain, d'avoir de l'expérience de terrain, tant pour l'action que pour l'investigation, la réflexion, l'étude, et finalement le projet ? Première partie d'une réflexion.

La forme du monde serait-elle, comme l’avançait Italo Calvino dans De l’opaque, « (…) en pente, avec des dénivellations irrégulières, des saillies et des renfoncements, ce pour quoi je me retrouve, en quelque sorte, toujours comme sur un balcon, penché sur une balustrade, (…) » ? Quoi qu’il en soit du surplomb et de l’opacité, voire du nombre de balcons et de « l’éboulement de l’espace et du temps », ce texte gravite autour de l’idée que le terrain est une sorte d’enclave ouverte, « un espace qui est extérieur même quand il est à l’intérieur d’un intérieur », parce que c’est au fond de l’opaque — l’envers de l’ensoleillé — qu’on peut chercher une issue à l’opaque, et faire en sorte que « le monde reçoive continuellement des nouvelles de l’existence du monde. » La carte qui se trace ainsi dans l’envers de l’opaque serait-elle réalité ou fiction ? On sait que « la carte n’est pas le territoire », une formule d’Alfred Korzybski (1879-1950), fondateur de la Sémantique Générale, liée à la Programmation Neurolinguistique (PNL), mais on peut aussi admettre, c’est de Baudrillard (1929-2007), dans Simulacre et simulation, qu’aujourd’hui « l’abstraction n’est plus celle de la carte, du double, du miroir ou du concept. La simulation n’est plus celle d’un territoire, d’un être référentiel, d’une substance. Elle est la génération par les modèles d’un réel sans origine ni réalité : hyperréel. Le territoire ne précède plus la carte, ni ne lui survit. C’est désormais la carte qui précède le territoire – précession des simulacres – c’est elle qui engendre le territoire et s’il fallait reprendre la fable de Borges, c’est aujourd’hui le territoire dont les lambeaux pourrissent lentement sur l’étendue de la carte. C’est le réel, et non la carte, dont les vestiges subsistent çà et là, dans les déserts qui ne sont plus ceux de l’Empire, mais le nôtre. Le désert du réel lui-même. » L’allusion est claire, à cette fable de Jorge Luis Borges, qui spéculait dans De la rigueur scientifique, sur le monde et son double à l’échelle 1/1. Cela dit, comme la carte n’est pas le territoire, la géologie n’est pas le terrain. Plus subtil qu’entre le territoire et la carte, le distinguo de carte et plan pointe une abstraction qui gomme … rien moins que la sphéricité de la terre. Ce qui est une manière de poser la question de ce qui distingue la géo-graphie de la géo-logie. Dans le texte ici pris en compte, Italo Calvino parle du terrain, ou plus exactement des bouts de terrain des uns et des autres, partagés non par des murs de clôture mais par des murs de soutien. C’est que « terrain » est une notion à la fois terriblement concrète et parfaitement abstraite, mais dans un sens opératoire. La concrétude se manifeste à l’avant-plan des définitions, ... Quant à l’aspect : relief, accident, crête, déclivité, dénivellement, élévation, épaulement, éminence, inclinaison, inflexion, irrégularité, ondulation, pente, pli, renflement, renfoncement, vallonnement. Ou quant à la nature : compressible, dur, friable, mou, mouvant, perméable, boueux, fangeux, desséché, défoncé, marécageux, impraticable, glissant, poudreux, … Le terrain est aussi objet d’étude en tant qu’il est observable, qu’on peut le représenter en coupe pour en comprendre le plissé, la stratification, et envisager la constitution, glaciaire, volcanique, pélagique, sédimentaire, ou ses âges, antécambriens, primaires, secondaires, tertiaires, quaternaires, ses types, dévonien, permien, carbonifère, crétacé, et spéculer sur les événements qui l’ont marqué, affaissements, déformations, glissements, plissements, tassements, érosions, … Mais le terrain a aussi, toujours, quelque chose d’un site, on peut le dévaller, le dévorer — mais aussi le tâter —, s’y frayer un chemin, y mener des explorations, ce qui se fait d’autant mieux si on a « le sens du terrain », les militaires savent ça, à quoi peut tenir leur vie. Et on connaît la phrase du géographe Yves Lacoste, « la géographie, ça sert, d’abord, à faire la guerre ». Mais pas que, on s’en doute. C’est cependant un fait historique. « Faire du terrain » est une expression qui a, c’est heureux, gagné d’autres disciplines et indisciplines, par exemple les sciences humaines ; en anthropologie, le travail de terrain constitue même une sorte de rite de passage pour l’apprenti chercheur. Les cartographes eux-mêmes, à l’appui de la prise de vue aérienne ou satellitaire et du traitement numérique constitutif de leurs bases de données, ont un besoin consubstantiel de pratiques de terrain, ne serait-ce que pour vérifier les données et/ou pour les rafraîchir, pour les compléter, car même si un pixel peut représenter jusqu’à un carré de 25 centimètres de côté, le contrôle de visu est irremplaçable pour tout ce qui échappe à l’optique lointaine et aux procédures algorithmiques. L’empire du tout-terrain n’induit pas forcément des pneus à profil agraire pour broyer la surface du sol. Faire du terrain, aller sur le terrain, ça peut aussi être plus subtil, et considérer l’espace par rapport à sa destination, aux activités qu'on y exerce, à ce qu’on y a placé, aménagé, bâti. Si on en revient à la première définition du tlfi, d’où viennent de multiples pistes notées ici, à savoir « espace plus ou moins étendu de la surface du sol », force est de constater que « terrain » renvoie à la jonction complexe de l’espace et du sol, c’est-à-dire de deux domaines tri- ou plutôt quadri-dimensionnels. Mais en dépassant les métaphores militaires, d’autres acceptions se profilent, plus intéressantes. En effet, au-delà du terrain libre ou à découvert, de l’avantage du terrain ratissé ou nettoyé, reconnu ou conquis, ce que l’idée de terrain délimite renvoie aussi à ces espaces aménagés pour certaines activités vues sous un angle monofonctionnel émancipé de la notion de bien territorial (bâti ou non-bâti, avec ou sans servitude, etc.) : promenade, décharge, camping, jeux, aventures, sport, mais aussi aviation ou chasse, voire nomadisme. Tout cela encore très schématique en regard de préoccupations plus vastes, à savoir les activités concrètes inhérentes à ce qu’on appelle l’expérience de terrain, avec une série d’occurrences voisines comme par exemple l’épreuve du terrain. On entre là dans une aure manière d’envisager le problème du terrain, physiquement et mentalement plus large. On considère ainsi que le mot « terrain » peut désigner tout lieu, et que l’expression « sur le terrain » peut signifier « sur les lieux que l’on étudie ». Dès lors, la notion d’enquête en prise directe sur des réalités concrètes implique un plan de consistance, quasi au sens deleuzien, un « plan où on se situe, où on situe quelque chose, domaine d’une activité, sujet d’une étude, d’une réflexion, d’une conversation ». Le terrain peut alors être brûlant, glissant ou neutre, mais il est propice à l’étude, à l’expérimentation, à la recherche. On parle alors du « terrain des faits, des idées, de l'expérience, de la réalité, du bon sens, du droit, du juste, de la plaisanterie, des affaires, de la politique, de la physique, de la métaphysique », et il peut être « médical, doctrinal, diplomatique, financier, industriel, historique, légal, mystique, moral, philosophique », etc. Dans ces résonances prennent tout leur sens des investigations comme reconnaître, miner, préparer le terrain ou le déblayer, comme dans un atelier où traîne du brol, pour laisser le champ libre au travail des autres. L’espace urbain ne peut être pensé ni agi sans aller sur le terrain, de manière physique ou mentale, ni sans chercher des congruences entre le terrain au sens de l’espace au sol (lithosphère), au sens des localisations d’activités, et au-delà, par extension, au sens de « lieu » d’une recherche. De quoi découle le concept de « terrain » désignant à la fois l’espace de recherche, l'exploration et le travail d’investigation in situ. En se souciant, en vue de toute entreprise de ce type, de ce qui peut/doit se faire avant / pendant / après la présence physique, en pensant aux attitudes, aux positions, aux démarches, ..., les sens, tous les sens en éveil ! 

 

ENQUETE ET REPERAGE

 

La notion de repérage(s) semble aller de soi, mais elle ne demande pas moins de méthode que d'autres étapes de conception/réalisation, pas moins d'intuition ni d'organisation. C'est une phase préliminaire où il faut apprendre à reconnaître le déjà-là, tant dans les configurations externes que dans la fibre des sensations.

Dans les champs du cinéma ou de la vidéo, le repérage est une étape de la préproduction, qui consiste d’abord à trouver des lieux de tournage adéquats pour certaines scènes et répondant à des impératifs spécifiques. On distingue le repérage artistique et le repérage régie. On recourt souvent à des techniciens spécialisés dans le recherche de décors, des repéreurs, dont la tâche est en quelque sorte de « préparer la préparation ». Ils s’assurent de la faisabilité technique et pratique du tournage, et documentent les lieux repérés photographiquement mais aussi photographiquement, par des croquis comprenant les informations de base (topographie, points cardinaux, temporalités des activités locales, contraintes de raccord, ressources utiles pour gagner du temps, etc.). Ce travail comprend aussi, dans certains cas, les autorisations de tournage. Pour le travail dans ou à partir de l’espace urbain, le champ de recherche (le mot est important) est moins surdéterminé par un seul protocole technique, et si le point de départ est souvent plus vague, il est aussi plus ouvert et plus diversifié. Il s’agit dès lors de faire un atout de cet état de fait, sachant qu’il y a à confronter et éventuellement à conjuguer des observations et des intentions. Pour mettre ce travail phase active, il faut se déplacer, observer de différentes manières, en fonction de différents modes de capture, faire de la géolocalisation, entrer en contact avec les personnes liées aux lieux approchés, penser à se soucier des antécédents historiques, des activités observables (éventuellement via des traces, ou des informations), mais aussi de la météo ou des contraintes d’accès, du degré de surveillance (ou de dangerosité), du devenir les lieux, des caractéristiques physiques, lumineuses, sonores des espaces approchés, de leur typologie, de l’envers du décor, des choses cachées, des éléments remarquables ou bizarres, … Il y faut du flair, voire le sens de l’enquête, une sensibilité particulière à percevoir les choses au-delà ou en-deçà du visible, une capacité à l’attention soutenue autant qu’au regard large et panoramique, pour déceler l’insolite, le rare, le remarquable ou l’étrange, les indices (deixis) de choses non perceptibles directement. Il est nécessaire de pouvoir mettre le main sur des sources informationnelles documentaires, archivistiques ou médiatiques rapidement et avec discernement, et d’aller frapper aux bonnes portes pour les sources primaires. Il est utile de développer une capacité de décryptage et d’analyse des situations rencontrées, et de chercher à savoir ou à sentir en quelles régions de notre expérience ou de notre imaginaire elles trouvent écho. La recherche la plus efficace est une recherche intentionnelle, qui projette du sens sur les éléments observés, rencontrés, subis, et qui les connecte très vite de manière spéculative et dialectique aux questions déjà à l’œuvre au démarrage du projet, ou les associe à d’autres situations, à des références ou à des questions nouvelles. La dimension émotionnelle est à concilier avec la dimension cognitive, car il s’agit d’appréhender des agencements « géopoétiques ». Le repérage peut s’effectuer de manière spontanée, mais cela requiert souvent beaucoup d’expérience pour éviter les leurres ou les gratuités. Il est plus utile de passer par une phase préparatoire : quelq instruments emporter, quel horaire respecter, quel circuit faire, quelle difficulté d’accès lever, etc., ce qui n’empêche ni bifurcations ni séductions de l’imprévu. Il est primordial de rechercher une efficacité dans la notation et dans la capture, en se souciant de constituer un matériel informationnel exploitable à distance, avec ou par d’autres (qui n’ont pas vu les lieux) ; donc un souci de présentation global et précis est important, notamment pour les discussions à l’atelier. Sans perdre de vue qu’il s’agit de trouver et d’exploiter des repères spatio-temporels. Repérer, c’est aussi se demander pourquoi, quand et comment les choses ont acquis cet aspect, cette configuration, ce rôle, et quelles logiques ont été et sont à l’œuvre en l’occurrence, avec quels enjeux, quelles conséquences, quels défauts et quelles qualités. Le mot repérage a du sens dans d’autres champs, comme celui des procédés et techniques qui impliquent des mesures, des raccords, des assemblages, etc. Cette idée de précision a son importance. A contrario, rester critique fasse aux impressions vagues ou trop générales. Repérer peut aussi vouloir dire : détecter, déceler, reconnaître, découvrir, révéler, saisir, dénicher, pressentir, situer, cerner, dépister, surveiller, baliser, détecter, dégoter, remarquer, etc.

 

CARTES & PLANS

 

Le mot « chien » ne mord pas... le mot « rose » n’a pas d’épine... au restaurant nous ne mangeons pas le menu mais le contenu de notre assiette. Dans un précédent édito a été mis en avant le fait que « la carte n’est pas le territoire » (Alfred Korsybski). Mais avant de s’aventurer plus loin dans l’exploration de ce qu’est une carte, sait-on en quoi une carte n’est pas un plan, en dépit de la planéité de la plupart des supports cartographiques ?

« Une carte n’est pas un plan », ça sonne un peu comme « ceci n’est pas une pipe », mais dans l’autre sens, car une carte est le plus souvent matériellement plane, même sous la forme de l’atlas. Le problème est ailleurs. Le mot « carte » est  emprunté au latin classique « charta » (papier sur lequel on écrit), tandis que le mot « plan » est emprunté au latin « planus » (plat, uni, égal). Il est souvent fait état, en matière bibliographique, d’ouvrages antérieurs à l’empire du numérique, comme « L’Empire des cartes », de Christian Jacob (1992), qui tire son titre d’une célèbre fable de Jorge Luis Borges spéculant sur le monde et son double cartographique. Parmi ces ouvrages d’un autre temps, et sans doute d’un autre espace, le non moins mythique catalogue de l’exposition « Cartes et figures de la terre » (Centre Pompidou, 1980) offre quelques concisions pratiques en regard de la pléthore du web. Un texte d’André Miquel rappelle ainsi la dette de la cartographie à la Grèce antique et au fait que celle-ci n’a « jamais séparé tout à fait la géographie de l’astronomie ni de l’astrologie : fixer un point sur la carte, c’est aussi établir sa position par rapport aux étoiles du ciel et définir les influences qu’il subit de leur part. (…) La Cartographie (…) a pour objet le monde, le globe en sa totalité. » (p.57) Mais un plan, fût-il d’architecture ou de ville, concerne-t-il pareille globalité ? Ledit catalogue comporte un glossaire (recueil de gloses) qui précise :

« Plan : Carte représentant une surface d’étendue suffisamment restreinte pour que sa courbure puisse être négligée et que, de ce fait, l’échelle puisse être considérée comme constante (définition du CFC). »

« Carte : Représentation conventionnelle généralement plane, en positions relatives, de phénomènes concrets ou abstraits, localisables dans l’espace (définition du CFC). »

La carte ne se réfère donc pas seulement aux astres, mais aussi à la configuration même de la terre, c’est-à-dire à sa sphéricité. C’est un « géoscope », synoptique et panoptique. Depuis la Géographie d’Ératosthène de Cyrène (cinq siècles avant Ptolémée), cette science a changé d’objet, mais il n’en reste pas moins vrai que pour représenter une portion du globe sur un support plan, un système de projection (système de correspondance entre les coordonnées géographiques et les points du plan de projection) — avec donc une déformation (conforme, équivalente, équidistante) — est indispensable, pour passer le la double courbure au plan. Il existe une série de types de projections, plane, conique, cylindrique, tangente, sécante, etc., avec diverses variations, normale, transversale, oblique, qui visent à limiter les déformations en fonction d’enjeux de lecture. On retrouve ainsi dans les cartes IGN, produites sur le site de l’Abbaye de La Cambre la projection dite Lambert belge 1972. Sans entrer dans les détails, on comprend dès lors que ce qu’on appelle un plan, d’architecture ou de ville, fait abstraction de ce problème de déformation consécutive à l’effet des projections, car ayant pour objet des portions très limitées d’espace au sein desquelles on néglige et les astres et la rotondité de la terre, pour se concentrer sur un système plan d’abscisses et d’ordonnées. Un plan est donc une représentation simplifiée par rapport à ce que tentent de restituer les cartes. Les plans vont jusqu’au 1/10000, les cartes concernent le plus souvent les échelles plus petites que le 1/25000. Le plan est donc plus schématique que la carte, même si les deux ont leurs degrés de complexité spécifiques en fonctions de leurs usages. Le plan concerne le plus souvent les objets concrets ou en devenir.

 

à suivre ...

Illustrations

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01 • Représentation des variations du cours du Mississippi à travers les siècles suite sur base d’une étude géologique du corps des ingénieurs de l’armée américaine en 1944.

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02 • Restauration d'un plan en relief de la collection du Palais des Beaux-Arts de Lille.

Z

03 • Fernand Deligny : "Cartes et lignes d'erre", 1969-79.

A

04 • Cartes à bâtonnets ou stick charts, cartes nautiques (bois, ficelle et coquillages) produites par les habitants des îles Marshall pour se repérer sur l'océan Pacifique.

B

05 • Francis Limérat, "Série des coordonnées", bois collé et peint.

C

06 • Thomas Hirschhorn, "Hannah Arendt-Map", 2003, 230 x 325 cm, The Cranford Collection, London