Atelier d'espace urbain

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SYNOPSIS

La synopsis est une sorte d'accompagnement du processus de création, depuis les prémisses type REPIQUAT jusqu'au jury de diplôme. Elle procède d'une tentative d'explicitation des intentions, des enjeux, des objectifs et des moyens inhérents aux travaux mis en œuvre au fils du MASTER.

 

 

La synopsis, genre féminin attesté : terme choisi en référence à ce récit bref teinté de schéma, d’intrigue, de canevas, de résumé, de trame, de grandes lignes, de scénario, etc., qui est d’abord un texte technique et utilitaire visant à communiquer en se faisant une idée globale d’un projet en prévision de sa réalisation. Il doit donc être rédigé (au sens large) de manière à être aisément compréhensible. La racine grecque renvoie à la notion de « vue d'ensemble », avec l’idée d’une recherche qui sous-tend les différents travaux mis en œuvre.

 

La synopsis est un élément d’une méthode, c’est-à-dire d’une manière de procéder (et non d’une méthodologie, qui est l’étude des méthodes, au sens didactique). Ce point est repris dans un texte de Joachim Olender (cf. infra). Dans le champ de l’art, une méthode peut comporter un mixe d’aspects rationnels et irrationnels, scientifiques et subjectifs, compréhensibles et fantasmés, concrets et imaginaires, etc. La synopsis doit cependant tenter d’en rendre compte de manière intelligible, avec pour effet induit une prise de recul critique et une perspective « protentielle » (en puissance, virtuelle).

 

Cette méthode procède aussi d’un certain nombre d’éléments (à la chronologie entremêlée), dont la synopsis est la première :

 

1-Synopsis

2-Portfolio & catalogue Espace urbain (galerie)

3-Overviews et JPO

4-Stage externe

5-Mémoire

6-Jurys blancs, jury M1 et jury final (diplôme) + jury de mémoire

 

7-Le septième point, le plus important, est aussi le plus implicite : une relation forte, articulée et motivée, de type tétrapolaire, c’est-à-dire :  le travail artistique de fin d’étude, le stage externe, le mémoire et les apports optionnels tels que séminaires, CASO et modules transdisciplinaires, le tout en contexte d’espace urbain. Le synopsis finalisé met cette relation en évidence.

 

Evaluation 1Q

-Patrique                                                                               40%

-BPS22                                                                                  55%

-Synopsis, portfolio, dynamique Studiolo & divers                5%

 

 

1-Synopsis

 

• Le synopsis est le premier document de synthèse à mettre en œuvre au terme des sept premières semaines de cours (Repiquat & Disparaissons), la version 01 déposée le 28 novembre ; objet : travaux de démarrage.

 

• Le synopsis est évolutif : après validation de chaque étape, on passe à la suivante.

 

• Le synopsis 01 comprend (sur un recto d’A4 bien dense) :

-prénom, nom, n° et date du document

-études antérieures

-choix CASO/module/séminaire

-évaluation réflexive du parcours artistique antérieur       10 lignes + 3 visuels légendés

-présentation des recherches et travaux de démarrage (spécifier ce qui est en commun ou en solo)          

                                                                                          15 lignes + 3 visuels légendés

Doivent apparaître dans ces deux notices, les enjeux artistiques, les références principales, les objectifs personnels.

 

• Les autres versions correspondent aux échéances suivantes, qui seront développées sous peu :

           

-02 évaluation fin janvier au BPS22 ; objet : chantier de recherche en vue de l’exposition au BPS22 & développements / La partie 02 est avant tout : visuels et schémas, textes courts ou notices, références, photos ou videostills, photomontages, mapping, dessin d’intention, croquis, … permettant d’appréhender la nature et l’orientation des recherches en cours.

           

-03 JPO ; objet : sujet du mémoire et choix du stage externe / La partie 03 dégagera les premières idées, questions, réflexions pour le mémoire (avec première formulation du sujet) et sera complétée par la motivation du choix du stage externe.

 

-04 version définitive — qui sera communiquée aux invités au jury — à déposer le 22 mai au plus tard (reprise dans l’évaluation 2Q) ; objet : retravail soigné de l’ensemble. / La partie 04, la dernière, consiste en une relecture de finalisation en vue de l’envoi préalable aux invités au jury de fin d’année.

 

• Dans ce document, la précision des termes et l’acuité des concepts sont indispensables. Les contenus pourront être repris dans le portfolio.

 

• Les références doivent toujours être claires : on doit savoir qui parle ou s’il s’agit d’emprunts web & autres.

 

 

Deux courts textes de Joachim Olender, intervenant "mémoires".

 

1

 

La pensée n’existe pas

Question de discours

 

« Ce qui est à l'extérieur existe. Ce qui est à l'intérieur n'existe pas. [...] C'est comme une force centrifuge qui pousserait vers le dehors tout ce qui remue en moi, images, rêveries, projets, fantasmes, désirs, obsessions.

 

Ce qui n'existe pas in-siste. Insiste pour exister."1 

 

Exister vient du latin ex sistere, se tenir hors de soi, se manifester, se montrer. La pensée n’existe pas sans être projetée hors d’elle-même. Elle a besoin de sortir, de se confronter à l’autre. La pensée a besoin du langage.

 

Comment le langage peut-il représenter la pensée ?

 

Si notre esprit pouvait formuler ses pensées comme il les perçoit, il les prononcerait toutes à la fois. En effet, les pensées même si elles se succèdent dans le temps forment chacune une unité. Or « le langage ne peut pas représenter la pensée d’emblée en sa totalité ; il faut qu’il la dispose partie par partie selon un ordre linéaire » 2. Cet ordre suppose une organisation de la pensée. Dans Les mots et les choses, Michel Foucault souligne l’importance de ce qu’il nomme la grammaire générale du langage. Celle-ci n’a comme objet ni la pensée ni le langage mais le discours. En effet, « pour la pensée classique, le langage commence là où il y a, non pas expression, mais discours ». Celui-ci apparaît comme une sorte de représentation2, x2, représentation verbale de la représentation mentale qu’est la pensée. Le fruit de cette double représentation suppose une sélection, un choix, et des propositions.

 

« A l’origine l’homme n’a poussé que de simples cris mais ceux-ci n’ont commencé à être du langage que du jour où ils ont enfermé un rapport qui était de l’ordre de la proposition (...). Ce qui érige le mot comme mot et le dresse debout au-dessus des cris et des bruits, c’est la proposition cachée en lui »3.

 

Mettre de l’ordre dans ses pensées, oser une hypothèse, dégager une ligne de conduite, faire des propositions, tout cela définit une prise de position et une prise de risque. « C’est en ce sens strict que le langage est analyse de la pensée : non pas simple découpage, mais instauration profonde de l’ordre dans l’espace »4. On retrouve ici l’idée d’une transmutation du langage qui rend la pensée apparente et l’inscrit dans l’espace. Le langage sculpte la pensée, il crée du relief, il lui rend sa forme, son épaisseur. Il la fait exister.

 

 

2

 

Il faut se jeter à l’eau

Question de méthode

 

« Dans l’écriture, dans la recherche, comme dans la démocratie, il y a du manque et de l’inachèvement. Il ne suffit pas d’ « entreprendre » en vue d’arriver, mais il convient maintes fois de reprendre et de revenir. Dans ces conditions, l’esquisse, le croquis, l’ébauche, l’essai, l’expérimentation, le tâtonnement font partie de la méthode »5. Prendre position ne signifie pas s’enfermer dans une idée. Les propositions pour s’émanciper ont besoin de dialogue et de mouvement, d’allers et retours, d’essais et erreurs.

 

La méthode est la manière de conduire sa pensée, de penser, de dire ou de faire quelque chose suivant certains principes et avec un certain ordre. La notion peut sembler étroite. En réalité, la méthode se découvre, elle est une invention. Et lorsqu’elle est libre, elle appartient à l’acte de création. Son étymologie signifie littéralement la poursuite d’une voie. Le odoV c’est le chemin et meta signifie avec, après. C’est donc en suivant la route, en quelque sorte chemin faisant, que la méthode se construit. La méthode est liée au processus de travail. Elle se dessine après, de manière rétroactive. Pour pouvoir répondre à la question de la méthode, il faut avoir déjà fait le voyage. Un voyage où il est bon de se perdre.

 

A ce titre, Giorgio Agamben, se référant à Gershom Scholem, décrit la philologie comme une expérience mystique et écrit : « Le chercheur doit se perdre dans sa quête philologique, parce que cette perte est justement la seule garantie du sérieux de sa méthode »6. La méthode nécessite une recherche et cette recherche a besoin de temps pour s’égarer et éviter les sentiers battus. Chercher est d’ailleurs issu du latin circare, aller en rond, tourner autour, et de quaerere, demander, questionner. Pas question de prétendre trouver une « solution ». La méthode se dessine loin de ce qui est mais erre dans les jardins de la proposition de ce qui pourrait être, échappant ainsi à toute loi conforme et contraignante.

 

Dans son cours sur Manet du 19 janvier 2000 au Collège de France, Pierre Bourdieu emploie une métaphore très simple pour traduire la méthode de Manet et l’importance du tâtonnement. « Pour apprendre à nager, il faut se jeter à l’eau ». Cette métaphore a priori banale exprime en réalité une véritable esthétique pratique. Manet peint pour découvrir ce que c’est que Manet, « il peint pour apprendre ce que c’est que Manet, pour faire du Manet ; il peint pour savoir quoi et comment peindre »7. Le sens de cette quête, et son issue, n’ont d’autre impact que de révéler l’artiste à lui-même. Et cette philosophie de l’action vaut pour la création mais également pour le travail de recherche qui dans nos rêves les plus enfouis ne forment qu’un.

 

 

1 Michel TOURNIER, « Vendredi ou les limbes du Pacifique », Gallimard Folio, 1967, 136.

2 Michel FOUCAULT, « Les mots et les choses », Gallimard tel, 1966, 96.

3 Ibid., 107.

4 Ibid., 97 ; c’est moi qui souligne.

5 François LAPLANTINE, « Son, images et langage – Anthropologie esthétique et subversion », Paris, Ed. Beauchesne, 2009, 65.

6 Giorgio AGAMBEN, «  Le feu et le récit », Bibliothèque Rivages, Paris, 2015, 13.

7 Pierre BOURDIEU, « Manet. Une révolution symbolique », Seuil/Raisons d’agir, 2013, 297.