Atelier d'espace urbain

Blog - STAGE INTERNE

STAGE INTERNE

Programme du stage interne dans l'option Espace urbain. Il s'agit de la trame de fond du stage, qui sera fortement influencée par les stagiaires et par le choix du site, qui sera annoncé au démarrage du stage. Forte interaction web/terrain, expérience de groupe, évaluation in situ.

STAGE INTERNE PREMIER CYCLE • PROGRAMME DE BASE • nov.-déc. 2017 • 6 sem.

 

Présentation par Raymond Balau et Cédric Noël

 

Projet couplé avec les Modules 5, 6, 7 en Espace urbain (cf. feuillets spécifiques ci-après : S = stage, M = modules).

 

Les approches « S » et « M » se recouperont sans se correspondre tout à fait. Recommandation : relire régulièrement ce document, pour ne pas en perdre le schème d’action.

 

Le stage en Espace urbain porte sur l’approche d’un secteur urbain. Le choix en est déterminé en début de stage, différent chaque année. Le stage se finalise par une intervention éphémère in situ, en passant par une étude (fiches A4) et un projet (sur base d’une cartographie anachronique) élaborés au fils d’échanges à l’atelier et in situ le cas échéant.

 

Au départ du site de cartographie comparative http://www.gis.irisnet.be/bruciel/# , le choix du site est posé à partir des écart temporels observables en comparant des photographies aériennes ; ce qui pose déjà plusieurs questions d’ordre médiatique.

 

Une thématique de démarrage est proposée le premier jour du stage, qui vise à explorer les relations spatiotemporelles in-/ex-situ. Cette thématique n’est pas un slogan, mais un concept diffus, utile au développement du processus de projet et d’action sur terrain.

 

Le stage donne lieu à une Recherche conduisant à des actes en situation.

 

La base de la Recherche impliquera une attention soutenue aux devenirs des lieux et des activités humaines qui s’y lient. Le processus du stage consiste aussi à constituer un « terrain » virtuel & réel propice à la mise en œuvre. Un public sera convié.

 

Le projet du stage est de se frotter à une approche spécifique à l’atelier, « Vues des Lieux », soit pour dénicher un événement déclencheur, soit pour constituer un « paysage de devenirs », afin de sélectionner un lieu d’intervention. Il s’agira donc d’agir selon des temporalités réfléchies.

 

Le processus comporte trois étapes 

 

[1 semaine] Première investigation menée en in-dividuel et comportant la recherche d’informations et une étude de contexte avec production d’un état des lieux pluriel et subjectif (documentation, repérage photographique, traces, prélèvements, témoignages, cartographies diverses et variées…), avec mural travaillé à l’atelier … fiches signalétiques (A4) d’événements, de faits, de politiques, de projets. Ce mural est le tableau d’une « situation discontinue observée » ; il sert aussi à constituer les groupes de 3 ou 4 …

 

[2 semaines] Repérage en vue du projet par groupes, avec production d’une cartographie anachronique (support A0) réalisée à partir de « replis temporels » observés dans les représentations web du site, afin d’y dénicher du rare, de l’exceptionnel, de l’étrange, de l’inédit, etc. Cette phase comporte la rencontre d’une personne liée au site choisi par le groupe pour y intervenir, pour y faire ad-venir de l’inédit.

 

[3 semaines] Réalisation d’une intervention in situ, par groupes, dans un territoire circonscrit après validation des choix (aspects sécurité, potentiels et ressources, etc.). Evaluation in situ.

 

Objectifs

Processus en 2 temps 3 mouvements (solo/collectif, réel/web & repérage/rencontre/intervention), allant de la découverte à la réalisation en passant par le projet, dans un temps donné … selon des temporalités plurielles, des interférences rythmiques, des vitesses différentielles … Approches de réalités humaines concrètes, instables, en devenir. Confrontation aux conditions de terrain et à un public non averti. Inscription d’imaginaire dans l’espace-temps.

 

Modalités

Matériel de prise de vues et outils personnels (coffre à outils) pour travail en atelier et in situ.

Implication forte dans le travail de terrain.

Investigation croisée sur le web et sur le terrain, pour identifier un différentiel web/réel où s’engouffrer pour établir une proposition susceptible de marquer les esprits.

Activation d’une intelligence des situations, pour faire apparaître les ressources des lieux, les dimensions cachées, les richesses des contacts, les intentions des politiques et des projets, l’action sur site et la constitution d’une œuvre contextuelle.

Evaluation in situ au terme de la dernière semaine.

 

Demandes

Respect scrupuleux du tempo et du processus (cartographie jusqu’au-boutiste du site et réalisation in situ d’une intervention susceptible d’être appréhendée par un public).

Le mural doit évoluer tout au long des 6 semaines.

L’intervention in situ doit être éphémère, réversible, et documentée (pour les portfolios).

 

Calendrier et déroulement : un feuillet programme spécifique au stage 2017 distribué au démarrage.

 

Texte de réflexion (extrait, à paraître dans la revue A+ Architecture en Belgique, n° 268)

 

« Espace urbain • L’inspection du territoire par Google Street View est une « machine de vision » opaque qui crée des « blancs » dans les cartes, du fait de ses priorités. Comme les blancs dans les cartes d’état-major autrefois, au droit des zones stratégiques, à cette différence près que là où on masquait par une censure, on masque par une information fausse parce qu’obsolète. Ce qui donne une illusion de continuité alors que les discontinuités prolifèrent. Toutes les données constituant ces photos-cartes sont datées, le soient-elles par les procédures en temps réel. Ce qui crée un anachronisme de fait, amplifié par la variabilité des mises à jour. Cette représentation du monde déléguée à la manipulation d’algorithmes est donc une mixture illusionniste d’ensembles de données qui ne se raccordent qu’en partie ou qui se superposent en pagaille dans une présentation qui tend à satisfaire à l’écran au besoin de couverture complète. En ce sens, ces représentations du monde sont un camouflage académique, qui brouille le décryptage minutieux, au profit d’une impression globale en basse définition donc sans grande utilité. Cet écart entre continuité des images et disparités chronologiques fabrique des replis temporels dans les cartes, des friches ou des terrains vagues dans le meilleur des cas, des zones d’abstention de données exploitables là où se localisent des enjeux économiques ou politiques. Comme à d’autres époques, l’illusion d’optique est un instrument de pouvoir. Et comme il s’agit d’un totalitarisme qui ne dit pas son nom, maquillé de diffus, les quinze caméras des voitures Street View, comme tout procédé assimilationniste, sont en partie aveugles et sourdes, ce qui évite le parasitage par des regains de démocratie. Cela dit, quand il s’agit d’agir dans l’espace urbain en tant qu’artiste, une fois faite la part du mystagogique, des diktats d’image et des justifications langagières de tous poils, avant de produire à tout prix, il est nécessaire d’appréhender le contexte en croisant plusieurs lectures. La machine à falsifier le monde — on ne parle plus guère de simulacres — n’a pas que des pertes urinaires, elle a aussi des trous de mémoire, c’est une chance, et des incohérences en guise de failles. Par où passent de l’air, de la lumière, du sens. L’apparente saturation des cartes, qui impose la réservation de billets d’avion pour vider des réservoirs de kérosène, ou de train pour faire turbiner des centrales, est une incitation à la fuite. Alors que l’inconnu qui est là, partout autour, dessus, dessous, dedans, dehors, en long et en travers, qui n’a pas encore de nom et dont l’épaisseur échappe, d’accès gratuit, personne n’en parle ni ne mise sur lui, car il peut faire peur. Cet inconnu territorial, lointaine résurgence des terrae incognitae des navigateurs hauturiers des siècles révolus, il gagne même du terrain, avec les incongruités et les non-congruences de ce qui fabrique nos cartes à consulter en scrolling ou à déchiffrer dans les atlas boursiers. Après les sociétés disciplinaires (Foucault), après les sociétés de contrôle (Deleuze), cet inconnu ici même échappe complètement aux sociétés d’évaluation (likers, followers, …). Il n’apparaît jamais au premier coup d’œil, mais saute aux yeux de qui se donne la peine de comparer les images qui en circulent dans les réseaux, circuits et autres canalisations, aux réalités sensibles, sensitives ou sensuelles appréhendables in situ. (…) » RB